A Star Is Born: l’art de réinterpréter

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Il arrivait sur ses 39 ans. En une dizaine d’année il avait réussi à s’imposer parmi les plus grands. Les débuts ne l’avaient pas directement mis sur le devant de la scène. N’était- ce pas mieux ainsi ? La patience et la modestie s’avèrent être de bons alliés dans ce genre de métier.

Il savait jouer, plus personne ne pouvait le nier. Les preuves étaient faites. « Il est temps de changer, de faire plus… » Ce refrain tournait dans sa tête depuis quelques temps. Alors il s’intéressa à la réécriture d’une histoire. Lorsqu’il révéla l’idée à son entourage, aux producteurs ou à quelques acteurs, peu d’entre eux avaient foi en ce projet.

Un jour, Brad attendait la réaction d’un producteur devant lui qui débouchait et rebouchait le capuchon de son stylo plume. Le soleil qui s’invitait dans la pièce le faisait étinceler. – Donc tu veux faire le 4ème remake de ce film ?

  • Oui

  • Une histoire qui a déjà été récompensée dans le passé…

  • Je sais.

  • Tout le monde évite ce projet et toi tu veux le faire en tant qu’acteur et réalisateur. Tu n’as jamais réalisé de film. Puis, tu n’as jamais vraiment chanté, ni joué d’instrument de musique.

  • Et je veux que cette femme soit celle qui interprète Ally. Il venait d’ouvrir un magazine qui se trouvait sur une table basse. Le doigt pointé sur un visage habillé de lunettes noires et d’un chapeau rose fit grimacer le producteur.

Il n’y croyait pas. Comme tant d’autres il ne comprenait pas ce qui pouvait animer l’homme qui se tenait face à lui.

Le soir même au sein de son entourage, l’acteur avait l’impression d’entendre le même couplet apeurant. C’est un très gros risque. Tu peux te planter tu sais ?! Pourquoi tu y tiens à ce point ? Il a 39 ans et se sent capable de le faire. Il n’a écouté personne et a laissé ses tripes prendre le dessus. Il savait quel chemin il allait emprunter. Folie ? Rêverie ? Danger ? Conviction.

Lettre[s] au cinéma,

Il y a quelques années, je me rappelle vous avoir vu dans une vidéo, tout jeune et tout intimidé face à un Robert De Niro qui était appelé à être votre partenaire dans quelques films. Vous étiez encore à l’Actor Studio.

Quel chemin depuis.

Dès vos études vous apparaissez comme quelqu’un de passionné, qui se pose des questions et donc qui en pose un tas à ses aînés. Vous étiez là, un jeune acteur au physique assez atypique et à la voix un peu tremblante. L’époque est bien révolue. Dans Votre dernier film vous apparaissez en rockeur aux profondes fêlures. Pour le film, vous êtes sauvage. Un héros en déclin. Vous jetez votre art sur la scène. Lors de ces premières minutes vous êtes brutal mais aussi émouvant. On assiste à un concert qui nous claque les tympans – tellement qu’une mamie non loin de moi se bouchait les oreilles lors de la projection-.

Glastonbury Festival at Worthy Farm, Pilton, United Kingdom - 23 Jun 2017

«  Je me rappelle m’être dit que tu as toujours été un musicien. Et que tout ce que j’avais à faire c’était de te dire de t’entraîner. » Lukas Nelson à Bradley Cooper lors d’une interview, 24 septembre 2018 ( Nelson enseigna à Cooper la guitare pour le film)

Une offre gaga:

Vous avez la musique dans le sang mais vous ne récitez pas simplement votre partition, vous la vivez. Dans de nombreuses interview, votre partenaire à l’écran Stefani Germanotta – Lady Gaga-, se rappelle avec émotion la première fois où elle vous a entendu chanté : il chante avec son âme et ses tripes. J’ai tellement été émue par sa passion pour la musique et pour le film. Vous étiez donc fait pour partager l’affiche avec l’une des divas les plus talentueuses du moment. Et pourtant, vous étiez le seul à vouloir sa présence.

Vous avez offert à Stefani Germanotta l’un des plus beaux rôles féminin de ces dernières années.

Vous lui avez donné la possibilité de se dévoiler, sans artifice, sans mise en scène extraordinaire. Juste une actrice au naturel. Après le film, l’actrice a recoloré ses cheveux en blonde platine afin de retrouver son personnage fétiche. Néanmoins, le 6 octobre 2018 sur le plateau d’ABC News, elle reconnut que cela ne servit à rien. Elle pensait passer à autre chose sauf que le personnage d’Ally l’habitait encore. Travailler avec/ pour vous semble laisser de jolies cicatrices, mais vous savez, celles qui apportent du charme. À mon sens, vous avez embelli la carrière de cette artiste. Elle a notamment pu déverser son talent sur la bande originale du film, pour notre plus grand plaisir.  Il ne manque plus qu’une petite statuette pointe le bout de son nez doré et vous récompense aussi bien elle que vous pour vos performances de jeu.

Pour être honnête, il a dû convaincre d’autres personnes pour que je fasse partie du film. Vous avez par exemple 100 personnes qui vous observe et 99 ne croient pas en vous. Et la seule personne qui reste et qui croit en vous c’est lui. Lady Gaga sur le plateau du Graham Norton Show

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A true [friend] love story :

Vous êtes magnétiques. On est subjugué par vos visages et l’intensité de vos échanges. L’alchimie maîtrisée nourrie chaque scène. Vous aviez déjà bouleversé en donnant la réplique à Jennifer Lawrence dans Happiness Therapy. Et là je ne sais pas… C’est plus fort encore. Jackson dévore Ally des yeux, porte attention à elle, et vous l’embellissez comme dans cette scène où elle se démaquille, cernée par un troupe de dragqueen. Elle est l’exception. Et me voilà de nouveau à parler d’embellissement. Parce que votre film est beau, rien à ajouter.

Vous avez besoin l’un de l’autre, aussi bien dans la réalisation du film que dans la peau de vos personnages. Je me suis même posé la question pendant le film : qui de Ally ou de Jackson a besoin le plus de l’autre ? L’interrogation reste en suspend, un peu comme dans la vraie vie. Chacun a besoin de l’autre à un moment donné, bien que le film traite un peu plus de la vulnérabilité masculine. Votre histoire suinte de réalisme. Vous aviez quelque chose à dire et prendre la caméra était la solution. Votre propos est bouleversant de franchise.

Dans le film, le frère de Jackson Maine donne une belle vision de ce que représente la musique : C’est la même formule depuis la nuit des temps. Ce ne sont que 12 notes séparées par deux octaves. Après, chacun fait sa propre interprétation de ces notes. La pensée illustre bien votre 4ème version de l’histoire. J’avoue ne pas avoir vu les versions précédentes. Peut- être que sur ce coup là, mon inculture vous sauve de quelques remarques. Mais n’est- ce pas une bonne chose ?

Une œuvre appartient à son époque. Les générations d’aujourd’hui se souviendront de cette histoire d’Amour. Ceux d’hier se souviennent de Barbara Streisand et de Kris Kristofferson, et ceux de demain idolâtront de nouveaux artistes.

Vous avez réécrit et amélioré une histoire. Les rouages semblent quasi parfaits. À ce moment de l’article on pourrait penser que l’éloge est un peu fort. Cependant, je vais poursuivre : A Star is born sera probablement enseigné dans les écoles de cinéma dans quelques années. Il montre ce que signifie jouer et ce qu’il faut faire pour rédiger un bon scénario. Il permettrait d’apprendre à raconter une bonne histoire car vous êtes acteur, chanteur, et conteur. Et ce n’est pas Sean Penn qui me contredira :

Je savais que c’était un acteur très talentueux mais je ne savais ce qu’il y avait dans la tête de ce gars jusqu’à ce que je vois son film. Son film est pour moi l’un des meilleurs que j’ai pu voir ces dernières années.  Sean Penn dans AP Archive

A Star is Born, oui mais laquelle? Continuez sur cette voie car vous avez su montrer que le cinéma c’est aussi un peu comme la musique; l’art de réinterpréter.

Article rédigé par Horia T. Dokléan

SKYFALL: un hommage, un nouveau cycle.

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Synopsis: Lorsque la dernière mission de Bond tourne mal, plusieurs agents infiltrés se retrouvent exposés dans le monde entier. Le MI6 est attaqué, et M est obligée de relocaliser l’Agence. Ces événements ébranlent son autorité, et elle est remise en cause par Mallory, le nouveau président de l’ISC, le comité chargé du renseignement et de la sécurité. Le MI6 est à présent sous le coup d’une double menace, intérieure et extérieure. Il ne reste à M qu’un seul allié de confiance vers qui se tourner : Bond. Plus que jamais, 007 va devoir agir dans l’ombre. Avec l’aide d’Eve, un agent de terrain, il se lance sur la piste du mystérieux Silva, dont il doit identifier coûte que coûte l’objectif secret et mortel…

 « On est venus en Turquie, pour réussir, je l’espère, une fabuleuse scène d’ouverture. C’est une scène très ambitieuse et très variée. » Sam Mendes

 Lorsque l’on s’apprête à parler de Skyfall, quoi de plus logique que d’entamer par la scène d’ouverture? Ces 11 premières minutes palpitantes du 23ème James Bond demandèrent 2 mois de tournage. Le jugement du réalisateur était juste; car cette fabuleuse scène restera longtemps inégalable et marquera durablement les esprits. Après cette claque s’ensuit le générique habituel au rythme de la musique « Skyfall » interprétée par l’envoûtante voix d’Adèle.

  Skyfall est un Grand James Bond. D’un point de vue scénaristique , il contient une portée dramatique proche des grandes tragédies. Bien plus que dans les autres Bond, M incarne dans Skyfall la figue maternelle dont les deux hommes ( James Bond et Silva) se disputent en quelque sorte la reconnaissance et l’amour. Un combat fort et d’une profondeur dramatique qui élève ce 23ème opus si haut qu’il est déjà considéré comme un classique.

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 Il y a certes, cette profondeur dramatique or ceci n’entache pas -loin de là- le délicieux et délicat humour présent tout au long du film, qui était plus réservé dans les deux précédents opus. Les relations teintées d’humour entre James Bond, M et Silva sont d’un régal absolu pour le spectateur et les fans de longue date puisque ces derniers – à la suite de Casino royal et Quantum of solace- exigèrent des producteurs cette touche indispensable afin de revenir aux véritables valeurs de l’univers 007. Chers fans, Skyfall est votre réponse.

 La mise en scène virtuose de Sam Mendes ne pouvait mieux répondre aux 50ans de l’agent secret britannique. En effet, ce vibrant hommage réalisé par un fan inconditionnel au talent indiscutable qui instrumentalise sa passion nous offre un James Bond pur et dur avec une modernité éclatante.

« Sam et moi, on tenait au côté britannique. On voulait ancrer Bond en Grande Bretagne. On est allés dans les rues montrer Londres telle qu’elle est: très belle, très sombre, sinistres parfois. » 

Daniel Craig.

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 Parfois, il existe des plans, des images qui marquent… Non seulement Skyfall fait frémir plus d’un chef opérateur pour sa photographie si pure, mais ajoutez à cela un réalisateur tel que Sam Mendes et vous obtenez une image si belle qu’elle restera gravée à tout jamais dans la mémoire. Vous vous rappellerez des plans de Shanghai au quartier des grattes ciel; des premières secondes lorsque Bond se lance vers la caméra et où une lumière vient n’éclairer que son regard perçant à la fin du plan; ou encore cette image de l’agent avec à ses côtés l’Aston DB5 au coeur des montagnes brumeuses d’ Écosse. (voir ci dessus).

  «  J’espère qu’on commencera à tourner le prochain dans un an » affirma récemment Daniel Craig dans une interview. Un brûlant désir qui le poussera à tourner pour deux films supplémentaires et il est vrai que l’acteur est désormais un Bond définitivement légitime. En ce qui concerne le nouveau Méchant de l’univers bondien, on retrouve un Javier Bardem sexuellement ambigu et psychologiquement très – mais alors très- instable.

Grâce à la patience et au perfectionnisme du réalisateur, la production même du film a permis aux acteurs de développer leurs personnages:  » J’avais l’impression de travailler sur un petit film indépendant, tant on nous laissait de temps et de liberté pour créer nos personnages. Mendes est un grand amoureux des acteurs. » Javier Bardem.

 Bien qu’aujourd’hui nous pouvons nous accorder pour affirmer que Skyfall est l’un des Bond les plus réussis  -sonnant naturellement comme un hommage- il est plus important encore d’insister sur le fait qu’ il représente une charnière dont le but est de « relancer la saga sur des bases solides » (dixit Barbara Broccoli) À l’image de la dernière scène du film lourde de sens, Skyfall est un hommage mais est avant tout, l’introduction d’un nouveau cycle.

 Article rédigé par Horia Doklean

 

 

TWIXT: Par delà les frontières.

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 Synopsis: Un écrivain sur le déclin arrive dans une petite bourgade des Etats-Unis pour y promouvoir son dernier roman de sorcellerie. Il se fait entraîner par le shérif dans une mystérieuse histoire de meurtre dont la victime est une jeune fille du coin. Le soir même, il rencontre, en rêve, l’énigmatique fantôme d’une adolescente prénommée V. Il soupçonne un rapport entre V et le meurtre commis en ville, mais il décèle également dans cette histoire un passionnant sujet de roman qui s’offre à lui. Pour démêler cette énigme, il va devoir aller fouiller les méandres de son subconscient et découvrir que la clé du mystère est intimement liée à son histoire personnelle…

 Le sigle American Zoetrop apparaît à l’écran comme tout droit sorti des seventies, les couleurs sont contrastées et un léger bruit vient salir l’image pendant quelques secondes. En ce bref instant, Francis Ford Coppola donne à nouveau cette promesse déjà tenue pour ses deux précédents films : « Je choisis cette voie de l’indépendance, Spielberg a trouvé très rapidement son public, Scorsese fait des films à gros budget, moi j’ai choisi une autre voie. » Cette route loin des grandes maisons de production fut tout d’abord empruntée pour le film « L’homme sans âge » tiré d’une nouvelle de l’écrivain et philosophe Mircea Eliade. C’est en 2009 que le metteur en scène réalise « Tetro » qui pour la première fois de toute sa carrière reflète des évènements de sa propre vie.

 Avec Twixt, Coppola signe ici son troisième film indépendant et c’est dans cet esprit qu’il livre une fois de plus quelques éléments autobiographiques, à savoir un accident de bateau qui coûta la vie à l’un de ses fils. De plus, l’homme avoua que l’idée même du film s’est révélée à lui dans un rêve; rêve qui deviendra une obsession pour le personnage principal, rêve qui perdra toute frontière avec la réalité car tel est la signification du mot ‘Twixt’: l’entre deux.

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 Pour ce film, Coppola a choisi de faire valoir l’effet statique de la caméra dont le seul but est d’apporter un tout autre regard sur la création minutieuse, totalement parfaite de chaque plan et ainsi d’admirer l’expérience d’un grand cinéaste, soit des tableaux d’une qualité rare. À cela il faut ajouter les quelques travellings correspondant aux promenades oniriques du personnage principal, Hall Baltimore ( Val Kilmer), entouré de brume, marchant aux côté d’un Edgar Allan Poe( Ben Chaplin) au teint livide. Des mouvements de caméra gracieux, du noir et blanc, du rouge se dévoile par instant, voilà comment se déroule le voyage du rêveur torturé. Une caméra immobile et des couleurs vives, voilà le monde réel dans lequel évolue Hall Baltimore, un monde où des réponses manquent à ses questions. Cet esthétisme de papier glacé est loin de faire l’unanimité et pourtant il n’y a strictement rien à redire. C’est un film étrange? Certes. Dérangeant? Quelques fois. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit d’une œuvre très personnelle réfléchie et créée consciemment comme une véritable thérapie. Le maître Coppola l’a affirmé à maintes reprises: «  le thème sous jacent de mon film est la perte ». Certaines critiques se plaisent à endosser le rôle de détracteur idiot et superficiel en déclarant que Twixt n’est qu’une simple série B sans intérêt… L’histoire de ce film est d’une profondeur difficilement égalable, et cela en raison de la sincérité avec laquelle la perte et la souffrance sont traitées. De par cette épreuve traumatisante, le metteur en scène étoffe le récit grâce au caractère gothico- romanesque du monde fantastique et utilise avec brio tous les ingrédients afin de nous faire voyager dans un monde oppressant, trouble, poétique, et tellement torturé. Réalisée avec coeur, cette oeuvre répond à la plus belle énergie du 7ème art: la passion.

« À ce stade de ma carrière, je veux faire les choses avec passion sans me soucier des gens qui me disent ‘ce n’est pas possible’. Si je finance mes propres films je peux au moins mettre dedans les choses que j’aime. »   Francis Ford Coppola.                                                                                                

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 Côté casting, l’attention se porte sur la jeune et prometteuse Elle Fanning qui confirme son statut d’actrice prodige dans le rôle de Virginia. C’est dans le film de J.J Abrahms «  Super 8 » qu’elle révéla au grand public ses talents de jeu avec une justesse stupéfiante. Val Kilmer lui, se plaît dans le rôle de Hall Baltimore, lui apportant une légèrté et une certaine ironie, ce qui permet à Twixt de ne pas sombrer dans l’extrême du tragique. Il faut apporter une mention spéciale à l’excellent acteur Ben Chaplin qui s’exprime dans le film sous les traits d’Edgar Allan Poe; personnage ayant le rôle de mentor pour Hall Baltimore. N’oublions pas le personnage de Bobby Lagrange interprété par Bruce Dern qui offre une prestation impeccable avec son regard halluciné totalement inouï et hilarant.

 Twixt est un film à part entière, unique, d’une authentique curiosité et d’un charme tout à fait  capable de séduire, par delà les frontières…

 Article rédigé par Horia Dokléan.

Bohemian Rhapsody, être artiste

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Un jour où l’ennui se faisait une belle place dans le cœur d’un adolescent de 15 ans, un groupe de rock fit son apparition. Le jeune était fixé sur sa chaise, les yeux bloqués sur l’écran de son ordinateur, à la recherche de nouveauté. La musique sur laquelle il cliqua n’était pas de toute fraîcheur : 1975. Faire du neuf avec du vieux, pourquoi pas.

Lors du visionnage il s’est tout de suite identifié aux membres du groupe en voyant leur masse capillaire affolante. Il écouta puis resta perplexe un long instant. Ce sont des cloches de vache suisse qu’on entend à un moment donné ?

Il n’aimait pas la chanson. Son oreille étant habituée à la musique il était capable de dire que ce morceau était très bon techniquement mais il ne comprit pas les excentricités.

Le lendemain, il réécouta la musique. Décidément, il avait une préférence pour ce passage où le chanteur crie Mama !comme un appel de détresse. Poignant. Malgré ses recherches, la signification des paroles restait mystérieuse. Il commença alors à se raconter des histoires sur cette chanson, à se l’approprier. Elle se retrouva rapidement sur sa clé usb et sur son téléphone. Étonnant pour une chanson peu appréciée à ses débuts. Elle faisait son bonhomme de chemin dans l’esprit du jeune. Les années passaient et il la réécoutait de temps à autre, l’aimant de plus en plus, l’interprétant de diverses façons selon son âge. Merde, peu de musiques lui avaient fait cet effet.

Il aurait aimé comprendre. Ou peut- être pas.

Lettre[s] au cinéma

Monsieur ? Madame ? La production? Les acteurs ? Il est dans mes habitudes de dédier cette lettre à un(e) acteur(trice), un(e) réalisateur(trice) ou encore à un(e) scénariste. J’aurais voulu former ces phrases pour le réalisateur mais puisque la paternité du film est un sujet tabou… Oh et puis quoi ? Bryan Singer, que s’est- il passé ? Vous qui avez réalisé le film dans sa presque totalité. Vous qui avez été viré du jour au lendemain vers la fin de la production. Vous qui étiez absent de toute la promotion du film…

«  à un moment donné de la production il aurait dû être là et pourtant il était absent. Nous avons dû trouver un autre réalisateur ».

Rami Malek à propos du licenciement de Bryan Singer.

Vous ne pouvez pas savoir à quel point cela doit être frustrant pour les journalistes cinéma de ne pas pouvoir s’entretenir avec vous afin de saluer votre travail. Parce que, qu’importe les bruits de couloirs, les probables mésententes avec Rami Malek, les différends entre vous et la production ; votre biopic sur Queen est un bon film. Un simple avis parmi d’autres.

No body loves me ?

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Le biopic entre dans la catégorie des films salués par le public et critiqué sans vergogne par la presse qui estime que l’oeuvre est une insulte au groupe de rock.

Les commentaires sur l’écriture du film fusent : paresse dans la mise en place de la dramaturgie, complexité de l’identité sexuelle de Mercury pas assez traitée, manque de rythme.

On peut tenter de comprendre ces avis négatifs et je dis bien « tenter ». Il n’y a pas d’axe dramatique défini. Il aurait fallu un fil conducteur aussi visible qu’un nez au milieu de la figure ou que les épaisses boucles de la chevelure de Brian May. Cependant, c’est un peu plus compliqué que cela.

Comparons ce qui est comparable : prenez le film sur Ray Charles dans lequel Jamie Foxx incarne le pianiste génial. L’axe dramatique était clair : le traumatisme lié à la mort du frère de Ray durant la petite enfance faisait office d’élément charnière du film. De là, toute l’histoire se faisait.

Bohemian Rhapsody n’est pas exactement ainsi et en prenant un peu la pose du penseur de Rodin, on peut tout de même envisager le film sous un seul axe -qui me paraît celui étant le plus fondamental- : la créativité. Des scènes entières nous montrent le processus créatif du groupe. Et si tout était là ? L’oeuvre ne fait pas de la sexualité du leader du groupe l’aspect central du film. Il est bien sûr important de saisir cette facette mais ce n’est pas elle qui doit être sous les projecteurs. Le film ne se nomme pas Freddie mais bien Bohemian Rhapsody. Queen créait, avant tout et tous ensemble.

To much love will kill you :

La mise en scène est trop académique, fade, sans âme. Voilà les commentaires redondants auxquels vous avez dû faire face. Encore quelques facéties de la presse qui, décidément, ne veut pas lâcher le morceau : vous auriez manqué d’ambition.

La mise en scène paraît classique mais cela ne concerne pas la totalité de l’oeuvre. Que fait-on des vingt dernières minutes du film lorsque se déroule le concert de Live Aid au stade de Wembley ? Il est clair que vos sursauts de maestria manquaient à l’appel pour les scènes précédentes. À croire que vous avez tout gardé pour la fin. Vous vous êtes fait désirer.

Le concert est émaillé d’éclairs de génie où la caméra galope sur le clavier du piano, où elle s’échappe et se jette vers le public. Vos plans sont iconiques. Mercury est érigé tel un dieu du rock, le poing levé, la voix vibrante dans tout le stade.

Les « discussions cinéma » de demain se remémoreront votre biopic avec une sympathie particulière pour cette scène.

BOHEMIAN RHAPSODY

«  On a étudié ce concert sans fin. À chaque fois que je regardais ce concert, j’étais comme hypnotisé par la capacité de Freddie à emmener avec lui 70 000 personnes » Gwilym Lee, l’acteur qui incarne Brian May ( interview pour Collider Quick, 2 novembre 2018)

Quand le spectateur reviendra chez lui, alors que Radio Gaga résonnera encore dans sa tête, il ira visionner le vrai concert de Queen ce fameux jour. Il se dira que le biopic a été bluffant de justesse. Tout a été retranscrit, jusqu’au petit règlage sonore de Freddie sur son piano. Tout est similaire. Peut être trop ? Cela vous a aussi été reproché. Je sais, toujours la même histoire.

Cependant il ne faut pas oublier qu’il y a une jeunesse dehors qui n’a pas connu ce concert, que ce soit en diffusion live à la télévision ou dans le stade de Wembley. Et il y a les autres, fans du groupe depuis la première heure qui ne boudent pas leur plaisir de se replonger dans la foule hystérique.

Le cinéma a des super pouvoirs et ce n’est pas vous, le réalisateur des X-Men qui me contredira.

C’est l’art qui permet à un spectateur de revivre et à un autre de vivre ne serait- ce qu’un échantillon de ce qui a pu se passer ce 13 juillet 1985. Il nous saisit de ses grandes mains et nous électrise.

La communion dans la salle de cinéma a bien eu lieu. Le public, de tous âges, tapait du pied au rythme de la batterie.

It’s a kind of magic :

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«  Je me suis jeté dans ce rôle, j’ai pris des cours de piano, des cours de chant. J’ai regardé tout ce qu’il était possible de regarder sur cet homme. »

Rami Malek  lors d’une interview pour The Feed, 24 octobre 2018.

Vous avez eu des différends artistiques avec l’acteur et cela a peut être causé votre licenciement. Fort heureusement votre relation n’a pas su ternir la pellicule et malgré une production ô combien tumultueuse, nous pouvons savourer l’engagement, l’hommage et le talent d’un acteur.

Les astres se sont alignés et ont désignés quelqu’un que l’on attendait pas vraiment. Quel autre meilleur choix que ce Rami Malek ? Ce jeune américain d’origine égyptienne pouvait mieux que quiconque comprendre Freddie Mercury. Tout comme Farrock Bulsara il vient d’ailleurs et a dû faire fi des préjugés qui se portaient sur lui. Il y a ce sentiment commun chez ces deux artistes.

Le travail sur le visage de Rami est bluffant et nous le devons à Jan Sewell, maquilleuse dont la renommée avait commencé à grandir grâce à « Theory of everything », film retraçant la vie de Stephen Hawking. Encore un biopic.

Elle étudia le visage de Malek dans ses moindres détails. Son nez étant un peu plus grand que celui de Freddie elle déposa une fine prothèse pour lui donner un effet aquilin. Afin de donner l’illusion que ses yeux étaient semblables à ceux du chanteur elle usa de touches de maquillage. Pour parachever son oeuvre elle glissa une prothèse dentaire dans la bouche de l’acteur.

Le plus saisissant va bien au delà des simples artifices car Rami Malek reste Rami Malek. Face à la caméra c’est bien lui, avec ses caractéristiques, son physique travesti ici ou là. Pourtant il disparaît derrière ses propres mouvements qui s’impriment 24 fois toutes les secondes. Lorsqu’il cache ses dents avec ses lèvres, qu’il marche, danse, ou encore regarde quelqu’un, il n’est plus lui.

Et c’est à Polly Bennett, coach en gestuelle – je n’aurai jamais cru écrire cela un jour- que l’on doit cette magie. Malek, proche du soleil et de Mercure, s’enflamme et fait naître cet autre.

« Lorsque la femme de Brian May, guitariste de Queen, est venue sur le tournage et qu’elle a vu Rami, elle s’est effondrée en larmes. C’était très émouvant » The Hollywood Reporter, 16 novembre 2018

Quand l’acteur se met à chanter à l’écart des scènes de concert, ce n’est pas sa voix qui est choisie lors du montage final. Elle est remplacée par une autre qui déstabilise par sa justesse et sa similitude avec celle du chanteur de Queen.

Mais quelles sont ces ondes sonores qui s’élèvent d’outre tombe ? Encore une avancée technologique qui permettrait de faire revenir non plus seulement l’image d’un mort mais aussi sa voix ? Après une petite recherche il s’avère que la solution de l’énigme porte un nom: Marc Martel. Ce chanteur canadien qui est frappant pour ses capacités vocales a même fait pleurer Céline Dion sur un plateau télé. Un gage de qualité.

BOHEMIAN RHAPSODY

Avant les coupes d’usages, le film durait 4h30. Un volet du seigneur des anneaux version longue en opéra rock. Un travail colossal.

Le biopic n’est pas une insulte à Queen et rappelons d’ailleurs que Brian May et Roger Taylor ont participé à l’élaboration de cette œuvre. C’est aussi leur histoire. Bohemian Rhapsody donne la possibilité de se faufiler derrière le rideau où se trouvent tous les rouages d’un des plus grands groupes de rock. On a appris ce que signifiait « créer » une grande musique.

Et après tout, l’essence du groupe ne se trouve t-elle pas dans ce morceau qu’on appelle Bohemian Rhapsody ?

Créatif. Regardez les enceintes voler et les styles se mélanger ! Virtuose. Savourez la composition et la maîtrise musicale des membres ! Tragique. Ressentez le cri du leader.

Bohemian Rhapsody c’est donc ça, « être artiste ».

Article rédigé par Horia T. Dokléan

 

Ça Partie 1 [2017] : Oui mais ça quoi ?

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Lundi 25 mars 2016, quelque part dans le Maine, à 20h43.

La nouvelle était tombée dans la journée et Mike, grand éditeur approchant de la retraite, se brossait les dents machinalement, les yeux rivés sur un coin du lavabo, pensif. Ses doigts tapotant le meuble à ses côtés montraient une certaine anxiété qui n’avait pas su s’évanouir au bout de plusieurs heures.

Ces heures où il s’était demandé s’il allait annoncer la nouvelle à son fiston de la trentaine venu dîner le soir même. « La seule fois où il rapplique pour passer un moment en famille… » pensait Mike.

 Malgré tout, le père de famille avait prit son courage à deux mains pendant le dîner, alors qu’il finissait de dévorer son pain de viande. Quand un membre de l’assemblée à quelque chose à dire cela se ressent toujours. Il y a cette espèce de tension inexplicable où tout le monde s’attend au coup fatidique – ou du moins c’est ce que pensait Mike à ce moment précis-.

« - J’ai eu une nouvelle intéressante aujourd’hui par rapport à la réédition d’un livre. fit le père de famille en souriant pour masquer son mal être.

  • Oh ! C’est par rapport à un film qui va sortir ? Vous faites toujours des rééditions quand une adaptation s’apprête à sortir. fit Elisabeth, l’autre enfant de Mike et Julie, totalement enjouée.

  • Oui par rapport à un film. Cela devrait rebooster les ventes pour l’auteur, même si je doute qu’il en ait vraiment besoin. »

Il posa ses couverts et jeta les mots en l’air, ne sachant plus trop comment s’y prendre. «  Il est revenu. » fit Mike en riant. Un rire si faux et gêné que le moment glaça encore plus le sang de son fils.

John, le fiston qui ne sentait plus son cœur battre, heurta son verre avec son couteau. Le traumatisme revenait. Des images de clown lui brouillait l’esprit, du sang tapissait la salle de bain, et il lui semblait sentir la morsure de dents acérées. Il arrivait même à entendre ce rire mêlant exaltation et extase malsaine, fruit d’un sadisme sans limite. Le drame avait bel et bien éclaté. C’était bien pire que sa rupture avec Mathilda en primaire ou lorsqu’il avait perdu Rifou parce que ce dernier s’était fait écrasé quand il avait 15 ans. Là, c’était tellement plus grave.

Comme une génération entière, il avait été traumatisé par un clown sorti tout droit d’un esprit tout à fait banal : celui de Stephen King. La banalité ici étant synonyme de meurtres, d’idées tordues et de scénarii machiavéliques.

La mine décomposée de son fils attrista Mike. Il se remémorait les terreurs nocturnes qui avaient rythmées l’enfance de sa progéniture. Tout ça cause d’un téléfilm plus ou moins fidèle qui était passé un soir d’Halloween. Le moment qui raya les clowns de la colonne « personne drôle, sensible et agréable » et où ils passèrent dans la grande case rassemblant sérial killers, pervers et politiciens. Mike ne comprenait pas pourquoi son fils n’avait jamais réussi à dépasser ce cauchemar ambulant qui faisait flotter des ballons dans son esprit…

« J’en connais un qui va s’acheter le livre… chuchota Lizie avec taquinerie pour son frère. ». John se leva en tremblotant et quitta la table théâtralement. Il en fit tomber sa chaise.

Mike savait que cette nouvelle allait réveiller des souvenirs désagréables pour certains et qu’une simple histoire allait une fois de plus traumatiser une nouvelle génération. Mais n’est- ce pas l’un des points fort de Pennywise ? Revenir sans cesse et marquer les esprits à travers les générations. Se cacher dans l’ombre puis ressortir pour se nourrir de la peur de nouvelles victimes.

Devant la régression de son fils d’1m 87, Mike n’avait plus d’autres choix que de passez un Walt Disney ce soir là. Mais pas celui où le père de Simba meurt, il était encore trop tôt pour Ça.

«  Souvent, on est terrifié par le tout premier visionnage de film d’horreur vers l’âge de 7/8 ans. Quoi qu’il arrive, c’est un sentiment qu’on ne retrouve plus vraiment par la suite. Pour un réalisateur, c’est un peu comme une quête chimérique que de vouloir retrouver cette émotion. »

Andy Muschietti.

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     Lettre[s] au cinéma,

     Andy, permettez moi de vous appeler par votre prénom. Il est hardi de demander cela dès la première ligne, mais c’est un peu comme si vous faisiez partie de la famille. Vous vous êtes attaqué à une œuvre ancrée dans l’Adn d’heureux élus. Elle a fait son empreinte et ne partira -presque- jamais. Donc pour ce coup- ci, ne vous étonnez pas si il y a déjà une familiarité qui s’installe entre vous et une partie de votre public.

Quand on y pense, il paraît tout à fait normal de vous voir adapter une œuvre du King, vous qui avez réalisé cette œuvre cauchemardesque à souhait mais si touchante à la fois portant le simple nom de Mama. Chez vous il y a du macabre Tim Burtonesque et du fétichisme de monstres Guillermo del toroesque. Mais il y a vous et avant tout, vous. Lors d’une interview vous aviez dit quelque chose de très juste à mon sens : «  être un réalisateur c’est savoir trouver sa vision des choses. J’ai lu It et j’en ai fait un film selon ma sensibilité. » Beaucoup dirait les choses autrement… Il faudrait par exemple réaliser l’oeuvre parfaite, fidèle à 450%, un point c’est tout, à la ligne, changement de sujet.

Or vous rappelez que si il y a 40 réalisateurs, il y aura forcément 40 films différents parce que 40 êtres humains derrière le projet. C’est humble, modeste et vous n’êtes pas là à crier «  On a essayé de faire l’oeuvre la plus fidèle possible ».

Votre fidélité est tout de même là, même si – honte à moi- je n’ai pas lu les livres. L’écrivain s’est étonné de la qualité de votre travail. Phénomène qui a dû lui faire tout drôle si on regarde les adaptations cinématographiques et télévisuelles de ces dernières années. C’était un peu comme si une recette de gâteau ne cessait de foirer, on ne sait pas trop pourquoi. Et quand ça réussit, on ne sait pas trop comment non plus. Un mystère réside t-il derrière la pâtisserie King ? Désolé pour cet aparté gourmand, je dois avoir faim.

Votre travail plaît parce que ce n’est pas tout à fait un film d’horreur à faire dresser les poils d’un ours ou à réveiller la grand mère six pieds sous terre. Il y a une histoire et tout passe avant elle. Faire du fond et non de la forme à tout prix. ( au diable la simple envie de faire peur). Voilà pourquoi cela plaît à l’écrivain. Les Loosers sont particulièrement travaillés. Nous nous attachons à eux, bien plus que dans le remake. Il y a quelque chose de très « vrai » dans cette approche. On est dans un quotidien plausible avec des acteurs qui nous font oublier l’objet cinéma, ce qui n’est pas gagné à chaque fois qu’on lance la caméra. Néanmoins, vous faîtes de la forme. La mise en scène est soignée, les images percutantes. Vous êtes énervant quand même, vous ne trouvez pas?

J’ai été étonné de ne pas sursauter aux moments décisifs des screamers. Je devais être en forme, qui sait ? Une étude a récemment été faite concernant le ratio screamers/qualité du film. Plus ces derniers sont utilisés avec parcimonie, plus le film visionné sera de qualité. Non seulement je n’ai pas bougé une oreille mais les moments qui devaient nous faire sursauter n’étaient pas légion. Merci de ne pas être un James Wan sans pitié.- bien que j’adore son travail, c’est peut être mon côté masochiste non assumé- Je n’ai pas eu à ramasser mon cœur à la fin de la séance et pour cela, vous avez mon estime.

Ces acteurs : un appétit d’ogre :

De l’appétit, Bill Skarsgard en a beaucoup eu pour se glisser dans le peau de Pennywise. Tout le monde n’est pas capable d’engloutir une tonne d’enfants en peu de temps. Seuls quelques chanceux ont cette capacité. ( Charles Perrault pourrait vous en parler).

«  He freak’s me out ! » dixit vous même. C’était déjà un bon départ. Je ne vais pas m’étaler sur le talent de Bill Pennywise. Cela a déjà été assez fait et il n’est pas question qu’il prenne encore plus la grosse tête – qui était déjà assez énorme pour son rôle-.

Il savait très bien qu’il fallait se détacher du père spirituel Tim Curry. Toutes les trouvailles pour son jeu étaient les bienvenues. Une d’entre elles retint mon attention.

«  Comment est- ce que tu fais ça ? demandait patiemment Bill à son petit frère. » Il lui fit sa grimace si particulière, tirant sa lèvre inférieure vers le bas, en formant un triangle. Bill tenta de faire la même chose. Si son petit frère était capable de le faire, pourquoi pas lui ?

Un petit instant devant le miroir, une dose de concentration et voilà que son sourire se déforme et inaugure ce que sera une marque de fabrique de Pennywise 2017.

Je trouve l’anecdote savoureuse. S’inspirer d’un enfant et en faire un arme de jeu pour une entité diabolique s’avère si efficace que je me demande si il devrait un jour s’occuper d’une garderie remplie de mioches.

Pire encore que cette histoire de sourire et de lèvre : la bave. L’idée n’est pas venue à force de lire et relire les joyeuses aventures du brave toutou Cujo ; où alors Bill ne nous a pas tout dit et s’est fait mordre par une chauve- souris. Plus sérieusement, il ne passe pas un dialogue sans qu’il ne se mette à baver devant les enfants. Quel porc. Puis, en y repensant, l’image se trouve être glaçante. L’écoulement de ce filet visqueux et la gueule entreouverte, semblable à celle d’une bête incapable de se contenir, prête à dévorer sa proie nous montre un comportement primaire d’une grande puissance.

 

«  Il y a quelque chose de très enfantin chez Pennywise, et même d’animal… Et autre chose importante, il aime jouer. Il prend aussi plaisir à jouer avec sa nourriture »

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Andy, vous avez su dirigé une équipe très professionnelle qui n’a pas eu peur de s’atteler à la tâche. Pourquoi j’insiste sur le côté professionnel ? Prenez la réflexion de jeunes acteurs lorsqu’ils ont joué pour la toute première fois avec Bill Skarsgard dans les chaussures du clown : à la fin d’une effrayante scène de confrontation, l’un des acteurs se rapproche de Bill et lui dit : « J’adore ce que tu as fait du personnage ! C’est super !. » Je suis presque certain que plus d’un adulte ayant croisé le chemin de l’acteur dans son costume a été apeuré. Il faudrait récupérer les témoignages du chef opérateur, du cadreur ou de la scripte, probablement en train de se ronger les ongles à l’idée de tourner le second volet de l’histoire. Pour les jeunes acteurs, eux, pas de peur à l’horizon ni d’intimidation.

Comme quoi, peut être que ce sont les enfants qui ont plus de courage que les adultes ? À méditer.

Je sens Halloween qui se rapproche et vais réviser mon panthéon des monstres car It c’est avant tout « ça » : une envie de rassembler tout ce qui nous fait frissonner de peur ou de plaisir, choisissez votre camp. Les feuilles mortes vont bientôt tomber, terrassées par le temps. Le froid va se glisser entre nos os et nous irons nous rapprocher des morts pour se rappeler à quel point nous sommes vivants. Extinction des lumières.

 

Article rédigé par Horia. T. Dokléan

 

 

La la land, rêver jusqu’à en perdre la tête

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Les mocassins claquaient sur le sol récemment nettoyé. L’acoustique était exécrable. Le rythme changea progressivement. Il accéléra avec le souffle du jeune assistant qui s’empressait dans ce long couloir qui menait au bureau de l’une des personnes susceptibles de faire avancer le projet. Il transpirait à grosse gouttes puisqu’il savait que la bataille allait être rude. Soit il se fera virer du bureau sans un mot, soit il discutera et y mettra ses tripes :

  • J’ai avec moi un véritable bijou !» s’écria t-il en rentrant. Le directeur de prod fit un bond et appuya en même temps sur sept touches de son clavier d’ordinateur. Il insulta l’employé à voix basse. Il grommela dans sa barbe en retapant les mots qu’ils venaient de massacrer, légèrement comme ça sdlkldh. Même Filou son vieux basset obèse à ses pieds avait l’air moins bougon.

  • Tu as trois minutes. Une en moins parce que tu te crois en perquisition et que tu rentres comme bon te semble.

  • Voilà. » Il lâcha le script sur le bureau dans un claquement sec. Une histoire. Quelque chose taillé pour le succès. C’est une …. Comment dire… Enfin si, je sais comment le dire. C’est une… »

Regard désapprobateur du directeur. Le type de regard avec les sourcils levés qui disent Bon dieu, qu’est ce qu’il va me sortir comme connerie ?

  • C’est une comédie musicale.

Filou ravala sa salive. Même lui qui était habitué à ronfler et faire d’autres sons gutturaux se tut instantanément. Il n’avait jamais entendu ces mots. Son palpitant de sportif s’emballa.

  • Tu te fous de moi ?

  • Écoutez moi, il y a quelque chose d’unique dans cette histoire. C’est frais et le réalisateur n’a pas pour seule intention de rendre hommage mais aussi…

  • Ça ne marchera pas.
  • Quoi ?

  • Une comédie musicale ne marchera pas. Ce n’est pas commercial. » Il désigna le script de l’index : « ôte moi ce truc et déguerpis vite de mon bureau si tu veux pas que je te fasse danser autrement.

  • City of stars, are you shining just for me ?  fit l’employé en chantonnant.

  • C’est quoi ces paroles ? Tu sors ça de Glee ? On fait du cinéma ici. Je ne veux pas de choses ringardes où des personnes chantent quand elles vont aux chiottes !

  • Faites confiance ! C’est une histoire qui parlera aux gens ! La vie y est authentique ! Ça parle d’abnégation pour ses rêves, de regrets…

  • Tu vas en avoir des regrets si tu me remballes pas ton truc.

  • Jacques Demy, Gene Kelly, Fred Astraire, ça vous parle !

  • Oui. Ils sont tous morts. Je le reconnais, il est important de connaître ses classiques et de s’incliner devant… Mais nous voulons quelque chose de neuf. Tu sais ce qu’on a dit la semaine dernière ? « ils ne produisent que des suites, des préquels et des remakes. Ils n’ont plus aucune d’originalité. »

  • Je comprends…

  • Et y a même un connard qui a fait une thèse sur le nombre de films d’aujourd’hui qui reprennent simplement une histoire antérieure aux années 2000 ! On arrête avec ça ! Il faut du neuf. Cette histoire ne m’apportera rien ! » Cette histoire lui aurait tout apporté. Pourtant il refusa la proposition. 2 minutes? Tu parles.

La porte claqua. Quel con ce directeur de production. Scène fictive, ou presque, mais fort heureusement, La la land a pu voir le jour. Le réalisateur, Damien Chazelle, a pu faire tourner ses caméras. Travelling arrière, le spectateur s’éloigne du bureau et de Filou qui venait de s’étaler au beau milieu du long couloir. Fondu noir. La percussion d’une batterie résonne et se fait plus puissante. Le rythme contre la grosse caisse s’accélère. Pied en pointe. Puissance. Lumière.

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Lettre(s) au cinéma,

Cher Monsieur Chazelle et toute son équipe de production

En 2016, une bande annonce sortait et on pouvait y voir les premières images d’une histoire d’amour, d’artistes, d’abnégation et de conflits. Tout cela à la fois. Pourtant, le bruit n’était pas si grand. Ce film, pas encore offert à son public, se déplaçait à pas feutré. Alors oui, il y a Ryan Gosling et Emma Stone dedans. Certes, le réalisateur de Wiplash est aux manettes… Mais une comédie musicale ?! Franchement ! Ce n’est pas commercial. Personne ne voudra le voir ! Le propos vous rappelle t-il quelque chose monsieur Chazelle ? Ces producteurs hollywoodiens qui vous regardaient de travers à l’annonce du sujet de votre prochain film.

Puis il y a eu un grand fracas dans le monde cinématographique. Le jeune réalisateur aurait réussi l’impensable ? Non ? Admettons. Comme tout bon cinéphile, je révisais mes gammes avec les Jacques Demy que vous ne cessez de citer. Un petit coup d’oeil vers Fred Astraire et Gene Kelly ne peut pas faire de mal non plus.

J’ai accordé mon esprit avec le votre afin d’être au plus proche de votre dernière création. Des lumières s’éteignent et d’autres s’allument…

Allons- y avec honnêteté. Je vous en prie, cessez de parler de Jacques Demy. Alors oui, chaque artiste a ses maîtres, ses pères spirituels, j’en conviens. Mais rajoutons une couche de franchise : vous les dépassez depuis belle lurette. Parlez encore une fois de Jacques Demy et le pauvre sera bien obligé de se retourner trois voire quatre fois dans sa tombe. Non pas par colère mais par euphorie. Il vous dirait «  c’est une histoire d’amour formidable ! C’est la vie aussi ! » Ne m’en voulez pas je sors cette réplique d’un entretien qu’il avait fait en 1985. Je comprends vos affinités avec le maître. Or il est probablement certain qu’il vous adouberait.

Je suis arrivé dans une salle en me disant qu’il s’agirait sûrement d’un film à l’esthétique sublime. Je n’en demandais pas plus. Imaginez alors ma tête quand j’ai saisi progressivement la puissance narrative de votre œuvre. Merde ! Mon cerveau explosejecomprendsplusrien ckjdhd.

Vous avez fait ce que peu ont osé faire ou mal: prendre de l’ancien, le garder amoureusement et y apporter de la modernité. Miam ! On a l’impression d’une bonne recette qui fait avancer l’art. Vous avez su titiller les zones sensibles liées à la nostalgie et excité d’autres qui suscitent l’intérêt du neuf. On en en prendrait bien encore une part.

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Une affaire de goûts et surtout de couleurs :

Où sont les couleurs aujourd’hui ? Dans votre film. Rares sont les films où l’on peut se délecter des couleurs vives. Laisser le regard se balader le long de la toile de l’écran est comme papillonner le long d’un rayon de confiseries éclatantes à la lumière. Des films de cet acabit ne se comptent que sur les doigts d’une main… Enfin une main estropiée de quelques doigts.

Je vous l’avoue, je suis même passé à côté d’un des messages esthétiques du film sur le coup. Car votre jeu sur les couleurs n’est pas gratuit. Tout est subtilement pensé. La La Land devrait être dès maintenant noté dans les filmographies d’étudiants en cinéma. Mais qu’est ce que je dis ? Il sera bien évidemment noté en tant que tel. Je ne pense pas être déjà revenu sur le travail des couleurs dans les Jacques Demy. Ne me frappez pas. Enfin si, vous l’avez fait, mais après coup. Une fois le film décanté je me suis mis à repenser à ces couleurs vives et à l’évolution durant le film… Le chef d’oeuvre s’ouvre avec des couleurs qui décollent la rétine, des robes éclatantes, des blancs d’un pureté éblouissante. Or plus on avance, plus l’image se ternie. Plus les rêves des deux protagonistes se décollent comme un papier peint usé. La couleur s’évanouit. Emma Stone ne porte plus ses robes éclatantes, Ryan Gosling passe du blanc qui contient toutes les couleurs, au noir. La photographie en prend un coup, tout simplement. Tout comme les rêves. Les regrets s’installent et les désillusions défigurent l’arc en ciel ambiant imprimé sur la pellicule.

Votre histoire est honnête, et je pense que c’est notamment pour cela que la mayonnaise prend à ce point, même si la moutarde a pu monter au nez de certains. Il y a de la puissance de vos films et c’est ce qui fait passer La la land de comédie musicale légère et sans envergure vers quelque chose qui nous met un coup dans le bide. Pour être plus précis on est sonné mais on est heureux de l’être parce que l’histoire a ce côté très touchant. C’est pas clair ? C’est comme si un chaton tout mignon venait de tuer sa première souris. On est face à un rêve et pourtant la réalité nous rattrape. Vous voyez le monde et savez le retranscrire à l’écran. Vous voyez nos peurs, nos envies et vous nous les renverser sur le dessus du crâne, ce qui, dans tous les cas, nous bouleverse.

Mélanger l’ancien et le nouveau. Mélanger le bonheur

et la douleur. Je voulais que ce soit un film honnête.

Damien Chazelle

Roulement de tambour, grue et caméra

Parlons de votre technique. Le plan séquence qui ouvre le film. Voilà, nous avons parlé technique. Suivant.

Je blague, enfin qu’à moitié. J’ai juste envie de passer à autre chose parce que parler de votre maîtrise étourdissante serait ennuyeuse. Pardon, je m’emporte. À la fin de ce fameux plan séquence reprit à l’ouverture de la cérémonie des Golden Globes, je me suis dit, et pardonnez mon langage : Bah merde. Un youtubeur a osé dire de ce plan séquence que ça lui faisait penser à une publicité sans intérêt pour voiture. Alors certes, on trouve de tout sur internet -même des avis cinématographiques qui louent à la limite du supportable de grand prodiges- mais aucune personne censée ne devrait avoir à dire de telles choses. Si ? Bon. Il faut juste retenir que votre génie n’a d’égal que l’importance du bouchon californien dans lequel vous nous avez balancé. ( hum c’était lourdingue ça non?).

Étant un inconditionnel de musique, cela ne m’étonne pas que vous fassiez autant de répétition pour vos films. Emma Stone et Ryan Gosling ont eu des mois d’entraînement pour la préparation de leur rôle : danse, chant, piano. Vous avez souvent parlé d’obsession lorsque vous jouiez de la batterie quand vous étiez plus jeune. Votre amour pour la musique, et le jazz plus particulièrement n’est plus à démontrer, et il est frappant de voir à quel point cela habite vos créations cinématographiques. Ça respire le rythme, du bon rythme.

Nous nous sommes entraînés pendant des mois pour ce film, s’en était dingue.

Emma Stone

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Performance acteurs :

Au début, votre choix n’était pas arrêté sur ces deux acteurs : Emma Stone et Ryan Gosling. Vous étiez prêt à partir dans cette aventure avec deux acteurs plus jeunes. Alors, nous pourrions vous sortir la phrase sempiternelle : « Sans Emma Stone et Ryan Gosling le film ne serait pas aussi bon ! Sans eux deux, le charme ne serait pas aussi grand ! » Néanmoins, une réflexion aussi banale ne saurait être aussi vraie. Leur âge fait que nous nous attachons beaucoup plus à l’histoire. On peut facilement croire en leur « vécu », leurs sacrifices et cicatrices. Puis, quelle osmose entre ces deux là ! Ils se connaissent et sont bien ensemble. Être un couple à Hollywood n’est pas donné à tous le monde. Seulement quelques élus marquent l’histoire du cinéma.

« Ryan et Emma ont une façon de jouer très subtile, même dans des scènes d’extrême fantaisie. »

Damien Chazelle

(on a bien sûr la scène what the fuck « on danse la valse au cœur des étoiles »)

Je vais finir par cette valse au cœur des étoiles. Avec beaucoup d’autres réalisateurs, cette scène serait passée comme étant d’un ridicule innommable. Vous l’avez faite, et il y a eu ce petit quelque chose qui s’est produit. Une poésie si difficile à atteindre s’est glissée, l’air de rien. Je pense que votre dernier film fonctionne parce que -comme vous avez pu le préciser- il ressemble très exactement à ce que vous aviez en tête. Pas mal auraient pu trébucher vers un non sens absolu mais vous, puisque votre propos est cohérent dans votre tête, vous le rendez unique à l’écran. Vous saisissez la poésie à la manière d’un pas glissé ( 10/10 du jury).

Si vous le permettez je vais prendre la voiture et me faufiler volontairement dans un bouchon du périphérique parisien. Qui sait ? Peut être que la magie opérera et illuminera le banal quotidien.

Au fait, Filou vous adresse un aboiement de satisfaction. Il a adoré votre film et pour se venger de son maître il lui a laissé un petit cadeau dans ses chaussures. Que les étoiles brillent pour vous et que la folie vous emporte, dans le bon sens du terme bien sûr. On aime rêver avec vous, jusqu’à en perdre la tête.

Horns: l’apparence du bien

Synopsis: Soupçonné d’avoir assassiné sa fiancée, rejeté par tous ceux qu’il connaît, Ignatius a sombré dans le désespoir. Un matin, il se réveille avec une paire de cornes sur la tête. Celles- ci lui donnent une étrange pouvoir, celui de faire avouer leurs plus noirs secrets aux gens qu’il croise. Ignatius se lance alors à la recherche du véritable meurtrier…

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« Le genre de l’horreur est très présent mais il y a cette histoire d’amour incroyablement forte au milieu de cela. Cette combinaison est vraiment excitante. » D Radcliff.

  Horns est une adaptation du roman éponyme de Joe Hill, fils de Stephen King. Pour son 6ème film, Alexandre Aja met en scène une histoire tourmentée baignant dans le réalisme d’une petite ville d’Amérique. Le cadre qui se veut banal laisse petit à petit entrer un lyrisme propre à la fable surnaturelle. L’histoire raconte le quotidien bouleversé par un événement tragique et inexplicable. Le spectateur se retrouve sans cesse à la frontière, où plutôt; il en a l’impression. Horns est un mélange des genres. Si il y a une limite, alors elle a tendance à disparaître, car entre le bien et le mal, il n’y a qu’un pas.

   Lors d’un entretien, le réalisateur s’était exprimé sur le grande qualité du livre et sur sa responsabilité en tant que cinéaste. Horns est avant tout un livre qui joue avec plusieurs codes et l’adaptation s’annonçait aussi délicate que passionnante. La main sûre et expérimentée nous offre un film soigné. Entouré par une équipe talentueuse, Alexandre Aja fait de cette adaptation une oeuvre sophistiquée.

  Pourtant il y a un mais. Il en faut toujours, n’est- ce pas ? Et cela concerne le potentiel du réalisateur. Connaissant son talent, nous aurions pu attendre une plus grande prise de risques de sa part. Ceci n’est pas dit pour rechercher à tout prix la critique mais pour noter une certaine frustration.

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  Revenons sur la première scène du film: Le spectateur surplombe les deux amoureux. Ils sont allongés côte à côte, sur le tapis verdoyant d’une forêt dans laquelle ils aiment se retrouver. Ils s’embrassent, se disent des mots doux et rient ensemble. La caméra entame alors sa lente descente vers eux. Elle s’écarte puis descend plus encore. Une vue « en coupe » nous permet de passer sous terre. On s’enfonce dans un crépitement sinistre en voyant défiler les couches de terre traversées par toutes sortes de racines. Le raccord s’effectue avec le sol d’une pièce en désordre… Ignatius est étendu, visiblement encore sous le coup de la bouteille d’alcool près de lui. L’atmosphère apparaît lourde et âcre. Son premier grand amour est mort. Est- ce à cela que ressemble l’enfer ?

  Le malaise de ce moment est amplifié par la rotation de la caméra qui se doit de remettre la pièce à l’endroit. Le lent mouvement pour renverser la pièce nous déstabilise. Après une telle leçon de cinéma, il est normal d’en attendre un peu plus pour le reste du film. Le spectateur restera toujours insatiable après une scène si bien pensée. Malgré cela, l’inégalité est vite pardonnée car une fois les lumières rallumées, on ne peut que reconnaître l’application générale du réalisateur.

  D’ailleurs, les paroles de Joe Hill quant à la qualité visuelle de l’adaptation sont superbes : « Il n’a pas réalisé le film. Il l’a peint. »

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« Dès que j’ai lu ce script, j’ai su que je ne laisserai pas passer ce rôle. » D. Radcliffe

  Un scénario original. Une histoire unique. Il faut avoir le goût du risque pour oser adapter une telle histoire. Alexandre Aja a su retranscrire une atmosphère particulière en nous faisant passer de la tension au rire, de la légerté à la profondeur. Les genres sont nombreux et c’est sûrement pour cette raison que le film peut sembler inégal.

  Lors d’une scène, Ignatius rencontre une jeune mère de famille qui lui avoue son envie d’abandonner sa fille parce qu’elle lui tape sur le système. À ce moment là, il ne comprend pas encore qu’il est la cause de ces révélations soudaines. Il ne sait pas qu’il a un pouvoir. La jeune mère en rajoute une couche en confessant avec plaisir ses infidélités avec son professeur de golf. Désemparement pour Daniel Radcliffe, éclats de rire assurés pour le public.

  Quelques instants plus tard arrive cet échange bouleversant entre les deux personnages principaux. L’échange se transforme en dispute et les deux acteurs sont remarquables de justesse.

Horns n’est pas un film calme ou conventionnel. Il ne se contente pas d’un genre et manipule plusieurs ficelles. Il se place sans arrêt dans la position la plus risquée.

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   Risqué. Comme l’idée principale qui fonde ce film: les cornes. Dis comme cela, il n’y a rien de très attrayant. On peut même oser dire que l’histoire est vouée au désastre. L’idée ne saurait tenir la route sans passer par la case « ridicule ». Daniel Radcliffe avec deux protubérances fourchues sur le dessus du crâne ? Sérieusement ? On s’identifie facilement au personnage lorsqu’au petit matin, il se regarde dans le miroir et découvre que quelque chose cloche en disant un « What the f… » hésitant. Il se retourne vers un autre miroir, afin de voir si ses soupçons se confirment dans un reflet différent. Oui.

  L’idée, aussi intrigante soit-elle, est largement acceptée. D’une part grâce à l’acteur, et d’autre part grâce au caractère décomplexé. Il y a beaucoup d’humour qui permet de passer outre ces deux choses étranges. Comédie, horreur, romance, thriller… L’oeuvre navigue entre les différents codes et donne aux acteurs la possibilité de démontrer l’étendue de leur art.

  Déjà dans « A young doctor’s notebook », Daniel Radcliffe démontrait une grande aisance pour passer de la comédie au drame. Ici nous n’avons que la confirmation de la polyvalence de cet acteur qui s’épanouira encore plus avec l’âge.

   Horns est un film avec une idée qui a – comme le dirait Stephen King- « la brutale simplicité d’une vitrine de grand magasin ». Elle frappe l’oeil, on ne voit qu’elle. Autant vous dire que le magasin s’enflamme sous vos yeux. Toutes sortes de réactions se produisent à l’intérieur. C’est explosif. Les débris vous percutent le visage. C’est à cela que ressemble Horns, à une explosion inattendue grâce au mélange des genres. Loin d’être sage, il est toujours prêt à franchir la frontière, quitte à se mettre en danger. C’est un peu comme son personnage principal qui se doit de revêtir les attributs les plus dérangeants pour atteindre la vérité. Il s’agit de l’apparence du bien.

Article rédigé par Horia T. Doklean

 

Jersey boys: poursuivre la musique

Synopsis: Quatre garçons du New Jersey, issus d’un milieu modeste, montent le groupe « The Four Seasons » qui deviendra mythique dans les années 60. Leurs épreuves et leurs triomphes sont ponctués par les tubes emblématiques de toute une génération qui sont repris aujourd’hui par les fans de la comédie musicale…

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« On avait trois solutions pour s’en sortir. Faire partie de la mafia, s’engager dans l’armée ou devenir célèbre. Eh bien, nous en avons deux sur trois. »

Tommy DeVito ( joué par Vincent Piazza)

  Tard le soir, sur le bord d’un trottoir, se trouvent sous un réverbère quatre hommes portant des costumes parfaitement ajustés. Ils sont postés là, baignant dans la lumière artificielle. Ils fredonnent et font claquer leurs doigts au même rythme. Le tempo est lancé. Tout comme cette lumière, la caméra plonge sur le groupe d’artistes et replace ainsi le spectateur face à eux. Moment de grâce, instant intimiste, il n’y a qu’eux dans cette rue et l’on profite de quelques secondes privées. Loin de la foule en délire et proche de ces artistes au coeur de leur rêve.

  Clint Eastwood porte un grand intérêt à la musique depuis longtemps et cela se remarque dans des films tels que « Honkytonk Man », «  Bird » ou encore «  Piano Blues ». Le réalisateur américain s’est naturellement intéressé au rêve et à l’histoire des «  Four Seasons ». Avant cela, Jersey boys était – et est toujours- une production de Broadway. Rappelons que trois acteurs de la troupe reprennent leurs rôles dans l’adaptation cinématographique: Jack Lloyd young ( le rôle titre de Frankie Valli), Donnie Kehr et Erica Piccininni.

  Il n’est jamais simple de transcrire une comédie musicale au cinéma. La scène n’est pas le plateau. Et il faut savoir garder une grande proximité avec le public et aussi un certain aspect concret, réel. Dans une interview, Jack Lloyd Young a dit « Dans les films de Clint Eastwood, il y a quelque chose de très authentique, de vrai. » Ceux qui reprochent au metteur en scène trop d’académisme et peu de prises de risques devraient repenser les propos de l’acteur. La maestria n’est pas gage de froideur.

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«  Dans le groupe, trois d’entre eux avaient des problèmes liés à la délinquance étant jeunes. Ils ont pu changer leurs vies à travers la musique. »

Clint Eastwood.

  « Jersey boys » est un biopic musical qui commence par dépeindre une Amérique des années 50 pour ensuite glisser vers les années 60- 70. C’est une fresque qui fascine par la maîtrise étourdissante d’un réalisateur au sommet. Le film est soigné, peut être trop lisse et sans prise de risque mais néanmoins juste pour remettre le spectateur dans un contexte particulier. Eastwood s’attèle avec rigueur au travail de composition, rien n’est laissé au hasard. Si le spectateur se retrouve perdu dans la chronologie des évènements à cause de quelques flashbacks, il n’aura qu’à regarder avec attention quelques arrières plans et trouvera par exemple la Campbell’s Soup d’Andy Wahrol.

  Le film ne met pas seulement en avant un groupe, mais plutôt chacun des artistes. Ils s’agit surtout de ces quatre garçons, délinquants, reliés à la mafia locale qui veulent s’en sortir et atteindre la célébrité. Ils ont tous un égo. Les conflits, les tensions naissent rapidement et l’argent vient accentuer les rivalités. Ils poursuivent le rêve américain après tout. Or les déceptions se font plus nombreuses jusqu’à cette scène fabuleuse se déroulant chez Angelo DeCarlo ( interprété par Christopher Walken). Les membres du groupe se disputent violemment. L’un clame son envie de quitter le groupe, un autre laisse sortir des vérités blessantes. La scène entière est un mélange entre instants comiques et moments de tensions tragiques. Après toutes ces années, on lave le linge sale en famille, et plus précisément sous le toit d’un mafieux. C’est le moment qui fait comprendre la douce désillusion. Pourtant, même après tout cela, comme le dit Frankie Valli: « Le plus important, c’est la musique. »

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«  Clint était notre public le plus enjoué, le plus enthousiaste. C’était fantastique. Il aime et il connaît la musique. »

John Lloyd Young.

  «  Jersey boys » est servi par des acteurs remarquables. Jack Lloyd Young n’a eu aucun mal à passer de la scène au plateau de cinéma, incarnant parfaitement une fois de plus le rôle principal de Frankie Valli. Le jeu de Vincent Piazza ( qui joue le personnage de Tommy DeVito) est équilibré et encore plus affirmé que dans la série Boardwalk Empire. Il faut rappeler que pour les scènes musicales, rien n’est fait en playback. Tout a été tourné en live, ce qui apporte encore à ce sentiment d’immédiateté avec le public.

  Les scènes musicales gagnent énormément d’authenticité grâce à ce procédé. Le film nous montre comment sont nées quelques musiques, comme l’anecdote amusante du titre  » Big girls don’t cry ». Le film est habité par la légèreté de la musique des Four Seasons. Malgré cela, il y a aussi des périodes sombres. C’est au moment où Frankie Valli est au plus mal, vivant la période la plus destructrice de sa vie qu’il chante pour la première fois  » Can’t take my eyes off you « . L’une des chansons les plus emblématiques du groupe. Une chanson puissante, remplie d’espoir qui donne envie à n’importe qui de crier son amour sur tous les toits. Durant le film, lorsque les cuivres s’expriment et qu’ensuite John Lloyd Young enchaîne sur le refrain, un long frisson se met à parcourir la salle. C’est la puissance d’une grande chanson.

  Clint Eastwood réalise là un film à la mise en scène soignée, sobre, laissant la musique des Four Seasons insuffler une belle énergie. Il a fait aussi bien que Frankie Valli, il a gardé à l’esprit ce qui était le plus important: poursuivre la musique.

ELYSIUM

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Synopsis:

En 2154, il existe deux catégories de personnes : ceux très riches, qui vivent sur la parfaite station spatiale crée par les hommes appelée Elysium, et les autres, ceux qui vivent sur la Terre devenue surpeuplée et ruinée. La population de la Terre tente désespérément d’échapper aux crimes et à la pauvreté qui ne cessent de ne propager. Max, un homme ordinaire pour qui rejoindre Elysium est plus que vital, est la seule personne ayant une chance de rétablir l’égalité entre ces deux mondes. Alors que sa vie ne tient plus qu’à un fil, il hésite à prendre part à cette mission des plus dangereuses -  s’élever contre la Secrétaire Delacourt et ses forces armées – mais s’il réussit, il pourra sauver non seulement sa vie mais aussi celle de millions de personnes sur Terre.

« J ’ai vite compris qu’il avait déjà tout pensé, que cet univers

existait déjà dans son esprit. «  Matt Damon

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Elysium peut être considéré comme un approfondissement de District 9 et bien qu’il s’agisse clairement d’un blockbuster estival, les idées et les thèmes poussent le spectateur à réfléchir. Comme pour son précédent film, Neill Blomkamp mit en place tout un univers en remplissant ses petits carnets d’innombrables idées allant des concepts d’armements aux croquis représentant les robots. ( qui font d’ailleurs penser aux créatures de District 9)

 Avec un plus gros budget, le style se déploie dans le spectaculaire sans pour autant se perdre dans une surenchère qui effacerait la patte du metteur en scène. Car il faut bien parler d’une patte visuelle vraiment originale. Elle apporte une nouvelle vision, un nouveau souffle à la S-F. D’ailleurs, Matt Damon compare souvent le réalisateur à des visionnaires tels que James Cameron.

 Le réalisme des images est parfois bluffant et la violence – souvent crue – déroute de façon efficace. L’aspect documentaire était omniprésent dans District 9, or dans Elysium, il y a beaucoup plus de plans soignés comme ces ralentis magistraux utilisés lors des moments de profondes tensions. Il faudrait peut être insister là dessus et donner quelques leçons auprès de certains qui utilisent le slow motion à toutes les sauces; personne n’est visé…

 L’efficacité des scènes de conflits armés démontre un grand savoir faire ( ce qui avait déjà été le cas pour District 9) néanmoins de nombreux passages peuvent nous rappeler ses premières réalisations. Blomkamp avait réalisé trois court métrages pour la franchise « Halo » – série de jeux vidéos de science fiction- et à maintes reprises le réalisateur nous ressort ce style visuel, cette caméra proche du guerrier, épousant le moindre de ses gestes.

  » Je me suis inspiré d’une ancienne unité militaire sud africaine, le 32ème Battalion.Ils pouvaient vivre dans le Bush durant des mois. Sur les photos on les voit souvent en short entourés d’armes avec leurs grosses barbes. » Sharlto Copley

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 Les créations de Neil Blomkamp sont habitées par des sujets sous jacents certes; pourtant, comme le dit Sharlto Copley, ce sont les personnages qui obsèdent le cinéaste. Les personnages sont le moteur de ses histoires.

 Afin d’apporter une crédibilité au film, une partie du tournage s’est déroulée dans la seconde décharge la plus grande au monde, près de Mexico city. Il a fallu se salir et supporter l’odeur des lieux pour satisfaire la vision de Blomkamp. Cette période fut une partie de plaisir pour Sharlto Copley qui avait dû passer presque la totalité du tournage de District 9 dans un décharge: « C’était amusant de voir Matt dans la décharge pour voir si il flippait d’être là. Et je dois avouer qu’il a assuré. » Matt Damon confirme son talent une fois de plus, Sharlto Copley étonne en barbu psychopathe tandis qu’ Alice Braga déçoit pour son jeu peu engagé. ( surtout lorsque l’on compare avec sa prestation dans Repo Men)

Elysium est un film atypique d’une grande générosité. C’est un genre de blockbuster que l’on aimerait voir plus souvent.

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La parole au réalisateur

«  Les pauvres deviennent plus pauvre. Et les riches plus riches. Je ne pense pas qu’on puisse inverser les choses. J’ai une vision très pessimiste. Par contre, le film est très optimiste. » dit Neill Blomkamp avec un rire forcé qui fait froid dans le dos. Ce qui est sûr, c’est qu’il a trouvé son domaine de prédilection puisqu’il est souvent dit que la science fiction naît et se développe dans des esprits inquiets pour l’avenir.  Le réalisateur est déjà sur son prochain film intitulé Chappie et aura pour thème l’intelligence artificielle. Il racontera comment deux malfrats dérobent un robot censé aider la police à maintenir l’ordre. Le metteur en scène n’en a pas fini de marquer le monde de la science fiction comme l’ont si bien fait ses modèles.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                        Article rédigé par Horia Doklean

FLIGHT: retour au live

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Synopsis: Whip whitaker, pilote de ligne chevronné, réussit miraculeusement à faire atterrir son avion en catastrophe après un accident en plein ciel… L’enquête qui suit fait naître de nombreuses interrogations… Que s’est-il réellement passé à bord du vol 227 ? Salué comme un héros après le crash, Whip va soudain voir sa vie entière être exposée en pleine lumière.          

« Les accidents d’avion sont très spectaculaires, très dramatiques. C’est pourquoi ils sont si cinématographiques. » Robert Zemeckis

 Avec une vingtaine de techniciens engagés pour l’aboutissement de la fameuse scène de « Flight », le réalisateur américain nous offre l’un des crashs les plus haletants du cinéma. Le public plonge avec les passagers de l’avion pendant un peu plus de dix minutes, parfois même projeté aux premières loges, il assiste au sauvetage inespéré du commandant Whip Whitaker (celui ci ayant 2 mignonnettes de Vodka dans le nez et autres alcools de la veille) qui évite -presque- la grande tragédie.

 À la différence de son personnage principal, « Flight » est un film maîtrisé. L’efficace introduction laisse place à la mise en scène posée d’un Zemeckis assagi. C’est une réalisation un peu trop calme diront certain, il n’y a aucune prise de risque. Pourtant le cinéaste a affirmé dans un entretien sa volonté de répondre visuellement à l’histoire, de se rapprocher d’une certaine simplicité. Et il faut bien avouer que le scénario apporte une base suffisante à l’œuvre pour faire une mise en scène discrète. Ce retour au cinéma live ( après 10 ans de films d’animation) prouve que du haut de ses 61 ans, Robert Zemeckis est l’homme à qui l’on apprend plus l’art de conter une histoire.

Tour de contrôle:

Vous passez sous la barre des 10000 pieds, comment ça va?

Whip Whitaker (Denzel Washington):

Pas fort, pas fort…

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« Le scénario était excellent, le personnage était très complexe. » Denzel Washington

 L’histoire de « Flight » a ce quelque chose d’incisif et de percutant. Ce qui est bien, ce qui est mal; le spectateur est dans un état constant de questionnement. L’anti-héros interprété par Denzel Washington se fout de tout. Il est ingérable et pourtant c’est aussi un sauveur. Le second rôle joué par Kelly Reilly rencontre alors ce commandant d’avion ivre 24h sur 24. Elle la toxico et lui l’ivrogne forment un couple détonant. Denzel Washington et Kelly Reilly composent assez brillamment deux personnages instables et totalement détraqués. L’autodestruction de Whip Whitaker portée par un Denzel Washington en grande forme  est d’un réalisme unique. ( or l’oscar du meilleur acteur lui échappera face à un Daniel Day Lewis formaté pour la récompense) Une déception demeure toutefois à la fin du film où le scénario cède à la facilité alors qu’il aurait pu aller plus loin encore… Enfin, il était impensable de ne pas évoquer le grand John Goodman dans un second rôle hilarant où à chaque apparition il se pavane sur une musique des Stones pour ensuite nous faire profiter de répliques croustillantes et provocantes.

Avec ce dernier film, Robert Zemeckis rappelle à tous son statut de pur « entertainer » américain. Espérons que ce retour lui inspire de nouvelles aventures en live.

« Personne n’aurait pu faire atterrir cet avion comme je l’ai fait. Personne. » Whip Whitaker ( Denzel Washington)

    

JAGTEN: chasse gardée

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 Synopsis: Après un divorce difficile, Lucas, quarante ans, a trouvé une nouvelle petite amie, un nouveau travail et il s’applique à reconstruire sa relation avec Marcus, son fils adolescent. Mais quelque chose tourne mal. Presque rien. Une remarque en passant. Un mensonge fortuit. Et alors que la neige commence à tomber et que les lumières de Noël s’illuminent, le mensonge se répand comme un virus invisible. La stupeur et la méfiance se propagent et la petite communauté plonge dans l’hystérie collective, obligeant Lucas à se battre pour sauver sa vie et sa dignité.

 C’est l’histoire d’une collaboration entre deux hommes qui – il y a quelques années de cela- étaient concurrents, chacun appartenant à une équipe, à une « bande » d’artistes constituée par de jeunes réalisateurs comme Nicolas Winding Refn, Lars van Trier ou encore Thomas Vinterberg.

 En 1996 sort sur les écrans le premier film de Nicolas Winding Refn intitulé « Pusher » dans lequel Mads Mikkelsen interprète le rôle de Tonny, personnage secondaire qui sera au centre de l’intrigue dans le second opus de cette fresque contemporaine du crime organisé à Copenhague. Deux ans après apparaît le film « Festen » réalisé par Thomas Vinterberg. L’oeuvre fut aussitôt labellisé Dogme95 (mouvement cinématographique de réalisateurs danois lancé sous l’impulsion de Lars Van Trier et Thomas Vinterberg.) Aujourd’hui avec du recul, Mads Mikkelsen confie qu’il y avait environ une cinquantaine d’écuries dans le cinéma danois, toutes ayant un point de vue différent. Les années écoulées apaisèrent les ardeurs et les fortes ambitions de jeunesse car selon les propos de Vinterberg et Mikkelsen, c’est surtout grâce à cela que fut possible cette collaboration: mettre de côté les concurrences du passé.    

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« C’est rare de lire un scénario et d’être vraiment touché. Ce scénario vous plonge au coeur de l’histoire. Et j’ai ressenti très tôt un sentiment de colère et de frustration.»  Mads Mikkelsen                                     

 Le scénario de « Jagten » a été écrit pour un seul rôle, celui de Lucas. (Mads Mikkelsen) L’organisation narrative se coordonne avec les seconds rôles qui gravitent véritablement autour du personnage.

 L’histoire particulièrement douloureuse est portée par un acteur magistral qui vit le personnage jusqu’aux bouts des ongles. Son jeu civilisé, tout en retenu exprimé dans la plus grande partie du film jusqu’à l’éclatement lui valut le prix d’interprétation masculine à Cannes. Selon Thomas Vinterberg, «Lucas représente l’homme typiquement scandinave qui s’entête pour avoir un comportement civilisé.» Lors d’une discussion, le meilleur de Lucas lui avoue ceci: Tu te laisses trop faire. Bien que Lucas soit au coeur de cette incroyable injustice, il fait le choix d’attendre, de laisser passer… C’est une longue route jusqu’à la catharsis; il souffre et nous souffrons avec lui.          

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« Je n’ai pas repris d’idées à d’autres films, plutôt certaines atmosphères… Je regarde toujours Fanny et Alexandre – d’Ingmar Bergman- avant de tourner un film, et ces lumières orangées, dans l’obscurité bleutée, ça vient en grande partie de là.»          
Thomas Vinterberg

 « Jagten » est un film à la mise en scène impeccable, sans bavure qui s’appuie aussi sur une photographie belle et sophistiquée. Pourtant, l’œuvre peut déranger en raison d’une trop forte proximité et de ce réalisme cher au réalisateur qui nous lâche dans cette descente aux enfers suffocante où l’écœurement n’est jamais très loin. La lenteur et l’atmosphère de certains moments pèsent sur le public, puisque ce sont surtout ces scènes qui peuvent irriter le spectateur. Trop c’est trop? Ou alors, est- ce nécessaire? En toute logique, l’histoire submerge ce « tout » technique, elle écrase, s’impose et bouleverse.

 Aujourd’hui, le dernier film de Thomas Vinterberg divise. La plupart s’attendait à un come back du réalisateur danois – si vous le rencontrez ne lui dite jamais cela en face-, beaucoup s’attendait à un nouveau film dans la même veine que «Festen» et ils se retrouvent devant sa parfaite antithèse. Peut-on dire – en prenant quelques risques bien entendu – que Vinterberg rejoint son ami Lars Van Trier dans l’art de choquer et d’offusquer le public. Peut être que pour eux, ce domaine est désormais chasse gardée?

Article rédigé par Horia Doklean

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